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Lettre intime à mes chers compatriotes avisés | Manal Jowayriya

Manal Jowayriya

Cher Monsieur, Chère Madame

Cette lettre n’a rien de prestigieux, de soigné ou de précieux que la résonnance sincère qu’elle pourra provoquer en vous, provenant d’une marocaine en émoi, inquiète et toujours amoureuse de son Maroc. Le Maroc qui ouvre grand ses bras pour tout le monde, devenu souffrant aujourd’hui

Je vous écris mon enthousiasme, mon espérance et ma volonté qui s’entremêlent à l’insu des évènements qui nous comblent de larmes et d’inquiétude. Je vous écris un peu de ma perception afin que je puisse sortir d’abord moi-même du déni de la terreur devenue de plus en plus excessive

Les faits actuels sont la preuve que la politique continue de l’emporter sur l’histoire et la vertu, qu’elle dépasse toute bonne tradition au nom de la bonne condition, d’un conditionnement ancré par le poids de nos erreurs. La politique se veut animale, catégorique et imposante pour exister. La politique transforme nos causes, nous fait marcher avec toutes les raisons humanitaires possibles pour nous voir céder aux sentiers de sa seule finalité, le pouvoir

Il est peut être transparent jusqu’au émoussement ce tracas politico-social que traverse le royaume du Maroc. Personne ne veut voir la vérité en face, personne ne veut réveiller son cœur pour écouter l’espérance de sa terre… mais tout le monde pleure la dégradation de sa patrie, crie fortement l’amour de ses racines sans hésitation !! De quel amour s’agit-il ? Un amour qui passe après nos égos n’est pas Amour, un amour qui n’a pas le sens du compromis, de la tolérance et de la négociation n’est pas Amour, un amour qui n’a pas la spontanéité du sacrifice n’est pas Amour

Les faits de nos jours sont aussi révélatrices d’une vérité absolue : qu’il n y a pas plus féroce que la nature humaine. Nous sommes devenus des êtres irrités et irritables. La moindre fantaisie fait réveiller l’énergie agressive qui cherchait son petit coin de paix au fond de nous. On démonte, on défait, on disqualifie… comme si l’alchimie de l’autre est moins parfaite que la nôtre, qu’il faut l’anéantir pour exister. Je sous-entends par ce constat l’ampleur d’un système défaillant mais aussi d’une éducation en deuil ; Des dirigeants inertes sourds quant à la stérilité croissante de notre administration nationale sur le plan scolaire, pédagogique et sécuritaire, ainsi que la  «syncope » de l’avancement des affaires de la santé publique

Encore plusieurs points se suivent comme pour défier la faculté du Maroc à persister solide; On a vu comment Nasser Zefzafi s’est manifesté comme une réactualisation d’une révolte, comme le fruit d’un mandat, comme un syndrome anniversaire

Abdlekrim Khetabi est de nouveau vivant après qu’il soit mort, non pas parce qu’il tient à la vie, mais parce qu’on le détient esclave, lui qui militait contre l’autoritarisme, pour recréer l’événement. Nous avons et nous aurons toujours besoin de son ancêtre pour l’emporter sur le temps. L’époque ne s’écoule plus, mais stagne dans l’irréparable avec le regret de la perte et la honte de l’impuissance, mais des fois cet arrêt bloque l’essor et crée de multiples faillites à remédiation. Même si l’intention est la réparation, la procédure endommage d’autres options

A chacun son paradis et le paradis du Maroc est dans le mélange. Sa perfection est dans l’harmonie qui rassemble ses entités et qui est capable d’accueil bienveillant sur son support. Tout discours de séparatisme est un discours qu’on a castré par nous-même. La séparation est double trahison, un côté qui se détache en abusant de la prédominance de son ancêtre et un côté qui refuse de s’attacher par égoïsme. La séparation est injustifiable quand elle pulvérise le chaos au cœur d’un pays. Sans nier que le sentiment d’exclusion provoque rage et division

La solidarité suffit à notre voisin qui n’espère aucun malheur et revendique simplement la pension de son désarroi, l’adoucissement de la maltraitance qu’il a subit et de la privation de ses besoins primaires. Peut-être même qu’à force de vouloir taire sa colère nous nous aveuglions aux cotés de nos propres besoins, peut-être qu’avec plus d’entente et d’amour, il aurait pu devenir le reflet des carences de toutes les régions du royaume. Oui, je parle du Rif, j’évoque le mouvement Hirak, tout en maintenant l’opinion qu’il n’existe qu’un unique Maroc. La résistance s’apaise quand la douleur est consolée, quand le sentiment de compréhension s’installe, quand l’intervention débute

Et si j’ai un écho à en tirer, je le partage : méfiez-vous de toute idéologie du pur, de tout clivage qui déforme la raison et désoriente nos vocations

Et puis encore l’attentat à Barcelone n’a pas manqué de déstabiliser bon nombre de marocains ayant la terreur de se considérer visés ou accusés. Cherchant fortuitement des répliques justificatrices

N’ayez  pas ce besoin ! Le discours commun est beaucoup trop idéaliste ou beaucoup peu manifeste ; La vérité est beaucoup plus complexe et venimeuse

Ne déclarez pas la guerre à vous-même, ne craignez pas le jugement, la méfiance dans le regard de l’autre et la honte de vos racines, ni le besoin impérieux de se justifier. Votre vrai ennemi ne vous écoutera même pas, ne vous regardera même pas. Votre vrai ennemi c’est l’ignorance, la stigmatisation et le dogme qui ne savent ni chercher ni raisonner ni lire. Des attentats y en a, et y en aura toujours. La barbarie et l’extrémisme ne sont le bien d’aucun Dieu

Un musulman crée Dieu pour l’aimer. Un terroriste crée dieu pour être aimé, pour se donner le droit digne de mériter l’amour. Dans le premier cas Dieu est l’essence, la finalité et la résolution du conflit. Dans le second, Dieu est l’instrument, l’objet et le moyen pour ne plus être le mauvais cadeau que l’humanité a pu cracher de son utérus. La question reste : qui est le responsable de la construction de ce mal-aimé ? et surtout, qui finance sa destinée

Et encore hier une vidéo écœurante d’une scène de viol ; une agression sexuelle collective dans le transport en commun sans intervention, quoi de plus pour nous dégouter ? Un acte criminel commis par des auteurs encore mineurs. N’est-ce pas assez suffisant pour mettre en lumières nos horreurs, pour s’inquiéter sur notre avenir sur les pas d’une jeunesse malade

Notre Maroc est beau, mais si nous n’hurlons pas ses tourments, nous n’aurons plus l’euphorie de vivre ses bonheurs mais qu’une encre pâle à verser sur son désespoir

Dans l’insécurité, l’injustice et le silence nous retrouverons la voie d’un effondrement se propageant à contre gré. Les paroles s’évaporent mais les mots restent. Les solutions existent mais, encore faut-il trouver les bonnes questions. Sommes-nous un peuple digne de cette terre ? Sommes-nous un peuple unit tout court ? Sommes-nous un peuple qui s’écoute au moins

L’amélioration de la condition humaine exige beaucoup de vigueur, une vigilance de génie et un attachement structurant aux sources ; Une ficelle qui laisse couler notre ultime symbiose  est le feu qui prêche l’échec d’un combat encore non mené. Notre patrie se veut dans la fusion et l’humilité

Je suis pour la lutte contre les détresses, sans que cette lutte en soit une

Je suis contre l’humiliation et l’injustice, sans que cette position soit la contre-attaque d’un « tu accusateur » mais la belle défense d’un « je constructeur ». Le plus harmonieux est d’apprendre que la meilleur défense est l’attaque, si et seulement si nous sommes conscients que nous attaquons notre propre ombre et acceptions de s’accuser soi-même

Je suis pour le changement du système quand il semble défaillant, sans se croire irresponsable de la création de ce système, estimé mauvais

Je suis contre les violences, mais je suis encore plus pour l’anéantissement du processus producteur des offenses et des injustices

Soyons alors le refuge de toute étrangeté qui se présente sur nos terres, le peuple qui réclame ses droits et son intégrité collective sans jamais trahir ses valeurs et soyons chacun l’individu singulier qui défend fièrement son allié sur le même territoire, qui protège les valeurs de son pays et qui prône l’amour de sa nation

Ma lettre limitée est enfin à bout, mais je crois fidèlement que vous êtes belle et bien capable de la compléter

Veuillez recevoir avec entrain et indulgence mes mots, et surtout l’expression de mon profond respect

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